A Paris, les petites épiceries de quartier perdent gros avec le couvre-feu
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Elle s'appelle « Momo » et fut même un temps baptisée « Momoprix » avant de devoir camoufler ce nom à la suite d'un contentieux avec la chaîne bien connue de supermarchés. Dans ce quartier du nord-est parisien, beaucoup fréquentent cette épicerie, qui draine le gros de sa clientèle en soirée. Alors, forcément, la fermeture à 18h pour cause de couvre-feu a du mal à passer.
Brahim, responsable de l’épicerie « Momo » rue des Couronnes :
« Déjà là, vraiment, pour vraiment fermer à 18h juste, c'est pas facile, je vous le dis vraiment, je galère ! Des fois, jusqu'à 18h20/30… parce qu’il faut finir les clients, nous, on peut pas… voilà, franchement, c’est pas facile. »
Car en période hors covid, l'épicerie ferme autour de minuit. Avec un couvre-feu à 18h, elle est ouverte six heures de moins chaque jour, et surtout doit fermer aux heures où elle fait le plus de chiffre d'affaires avec une clientèle parisienne habituée aux horaires décalés.
Brahim, responsable de l’épicerie « Momo » rue des Couronnes :
« Il y a un chiffre (d'affaires) qui est vraiment en baisse par rapport à avant. Ca représente quand même 50% de chiffre en moins, ouais ! Parce que nous, on travaille plutôt le soir et à 18H00, c'est… voilà ! »
A deux pas d'ici, cette épicière ivoirienne a aussi beaucoup de mal avec ce couvre-feu. Elle baisse habituellement son rideau à 22H00. La fermeture anticipée lui enlève donc quatre heures d'ouverture en soirée, son créneau là aussi le plus lucratif.
Naminata, gérante de l’épicerie Ivoire Market :
Souvent, je ne gagne pas dans la journée. Mais souvent, le soir, je peux faire 200 euros, 300 euros avant de rentrer à la maison. Mais présentement, là, je ne les fais pas. Hier, je suis partie avec 20 euros à la maison »
Qu'elles soient tenues par des Arabes, des Indiens ou des Sri-lankais, c'est un peu partout le même son de cloche. Parfois, les gérants ont du mal à cacher leurs larmes.
Sudrata, patron d’une épicerie rue de Belleville :
« Dans la rue, il n'y a personne, tout le monde est rentré à la maison, c'est un gros problème pour nous. Il y a beaucoup de loyer, il y a l'Urssaf, il y a les impôts et je fais travailler quelqu'un, je n'ai pas de chômage partiel parce que je travaille »
Les clients aussi ont du mal à s’adapter. Car à Paris, ces épiceries dites « de quartier » restent encore nombreuses, même si elles souffrent de la concurrence féroce des supermarchés citadins.
Serge, artiste dramatique :
« C'est plus possible de venir deux fois ou trois fois dans la même soirée. Là, je viens de faire les courses et il va être 18H00 tout à l'heure et si j'ai oublié du paprika, et bien, c’est foutu pour le paprika pour ce soir quoi ! Enfin, on peut toujours faire autre chose, on peut faire des pâtes aux lardons !
Eléonore, décoratrice de cinéma :
« Moi, j'ai tendance à fonctionner beaucoup en faisant des petites courses d'appoint de dernière minute, j'ai beaucoup fait ça, c’est sur que là, je ne le fais plus parce que ce n'est plus possible et donc je passe plus de temps à faire des listes !
Après deux confinements puis le couvre-feu, et maintenant un troisième confinement qui pointe à l'horizon, beaucoup de ces petites épiceries de quartier se demandent combien de temps elles vont pouvoir encore tenir.
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