Demande d'asile: la plateforme téléphonique saturée à Paris
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Cette musique d’attente, Maxime la connaît bien.
Chaque matin, il compose le numéro de la plateforme d’appel de l’Ofii, l’Office français de l’immigration et de l’Intégration.
« Suite à un grand nombre d’appels, nous ne pouvons donner suite à votre demande. Nous vous invitons à rappeler ultérieurement. »
Après 45 minutes d’attente, pas d’autre solution: il faut composer à nouveau le numéro. L’appel coûte 6 centimes par minute. Une fortune pour les migrants qui se présentent dans ce centre d’accueil du secours catholique. Alors Maxime appelle pour les autres.
Maxime, bénévole au CEDRE, centre d'accueil du Secours catholique :
"Il y a des gens qui ont des téléphones mais qui n’ont pas de crédit. Ce matin, aujourd’hui par exemple, il y a 50 personnes qui sont là : il y a 20 personnes qui ont un téléphone et ils n’ont pas de crédit."
« Allo Ofii bonjour. Oui, bonjour Monsieur »
De l’autre côté de la ligne, Samir, distribue, quand il lui en reste, les rendez-vous tant espérés :
« Vous êtes convoqué demain à 9h... Si vous avez des documents, ramenez-les demain, d’accord ? »
Didier Leschi, directeur général de l’Ofii :
« Vous êtes ici à la plateforme téléphonique mise en place par l’Office français de l’Immigration et l’intégration et qui permet aux personnes qui souhaitent demander l’asile et qui se trouvent en Ile-de-France d’accéder rapidement au guichet unique de demandeurs d’asile, c’est-à-dire en moins de trois jours. »
Eviter les interminables files d’attentes devant les guichets : c’est l’idée de cette plateforme francilienne lancée en mai 2018.
Ici, on parle français, anglais, arabe, les langues afghanes et de nombreux dialectes africains.
Samir connaît plusieurs langues locales du Soudan, mais aussi le parcours d’un demandeur d’asile.
Samir, réfugié soudanais, arrivé en France en 2016 :
« Je comprends bien le trajet parce que moi aussi je suis passé par le même trajet. J’ai fait la même démarche. Donc pour moi ce n’est pas trop difficile. »
L’Ile-de-France concentre à elle seule 50 % de la demande d’asile nationale.
Selon l’Ofii, les deux-tiers des appelants obtiennent un rendez-vous en moins de 6 appels.
Mais la semaine dernière, le tribunal administratif de Paris, saisi par des associations, a condamné la plateforme engorgée à embaucher deux agents supplémentaires. Une décision surtout symbolique.
Pour le Secours catholique, le centre d’appel cache la réalité du problème.
Aurélie Radisson, directrice adjointe du CEDRE, centre d'accueil du Secours catholique :
« C’est vrai que le système téléphonique permet de ne plus voir les files d’attente qui existaient devant les associations où les personnes devaient enregistrer leurs demandes d’asile. Mais ce n’est pas parce qu’on ne les voit pas qu’elles n’existent pas puisqu’elles sont aujourd’hui virtuelles, c’est-à-dire que des personnes sont partout dans Paris, en Ile-de-France, ce matin dans nos locaux, en attente d’un rendez-vous et donc font la queue au téléphone. »
A court terme, l’Ofii planche sur une application mobile pour une prise de rendez-vous en ligne. Qui aura le mérite d’être gratuite : à condition là encore d’avoir des batteries et du wifi.
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