Joe Biden, le couronnement d'une vie marquée par les épreuves
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Joe Biden, le couronnement d'une vie marquée par les épreuves.
Washington (AFP) - Après sa victoire contre Donald Trump, Joe Biden s'est tourné dimanche vers les préparatifs de son accession à la Maison Blanche avec deux priorités affichées: la lutte contre la pandémie et la réconciliation d'une Amérique divisée.
De par le monde, les dirigeants ont salué l'élection du démocrate, offrant un contraste saisissant avec le camp républicain aux Etats-Unis qui, à l'instar du président sortant, refuse de concéder la défaite.
Résolument tourné vers la transition, l'ancien vice-président de Barack Obama, 77 ans, a mis en ligne un site BuildBackBetter.com et des comptes Twitter dédiés aux 72 jours qui le séparent de son investiture, le 20 janvier 2021.
Consécration tardive d'une vie passée en politique et jalonnée d'épreuves, Joe Biden, 77 ans, entrera dans les livres d'histoire comme l'homme qui a fait tomber Donald Trump.
Après les tragédies familiales, deux premières tentatives présidentielles ratées et une campagne bouleversée par la pandémie, le vétéran de la politique va accomplir son rêve: pousser à nouveau les portes de la Maison Blanche, cette fois dans les habits de président.
"Restaurer l'âme de l'Amérique": se présentant en rassembleur face à un Donald Trump qu'il accuse d'avoir "déchiré" le pays, l'ancien vice-président sera resté fidèle à cette promesse de campagne depuis les premiers instants de sa candidature, en avril 2019, jusqu'à la victoire.
Celui qui deviendra, en janvier, le plus vieux président des Etats-Unis a juré de tendre la main aux électeurs du tempétueux milliardaire républicain.
"Nous ne sommes pas des ennemis", a-t-il lancé dans les dernières heures d'une élection marquée par une agressivité sans précédent.
C'est dans un brusque passage du triomphe à la douleur qu'il avait démarré, à seulement 29 ans, sa carrière nationale.
Jeune sénateur-élu de son Etat du Delaware, il fête, fringant et entouré de sa famille radieuse, la victoire en novembre 1972. Un mois plus tard, son épouse et sa fille d'un an étaient tuées dans un accident de voiture, ses deux fils blessés.
Ce drame, puis la perte de son fils aîné en 2015, nourrissent l'empathie qu'il offre aux Américains. La compassion, Joe Biden en a fait l'un de ses plus célèbres traits de caractère politique.
En 2020, le port altier de ses débuts est toujours là et les grandes envolées passionnées aussi.
Mais les jambes du vieux lion semblent désormais fragiles. Et sa fine chevelure blanche cache mal son crâne.
Certains, même parmi ses soutiens, craignaient que Joe Biden, enclin aux gaffes et dérapages, ne trébuche, voire s'effondre, lors de sa longue bataille contre Donald Trump, tribun de 74 ans au style plus agressif.
Donald Trump, qui l'a surnommé "Joe l'Endormi", a raillé les questions "faites pour un enfant" que les journalistes lui posaient, et ne manquaient pas de l'attaquer sur sa forme.
Les bredouillements et égarements de Joe Biden, bègue dans son enfance, tournent en boucle sur les comptes Twitter "trumpistes".
- Vote-face historique -
L'ex-bras droit de Barack Obama avait signé un revirement historique en politique américaine lorsqu'il avait décroché, au printemps, une victoire triomphante à la primaire démocrate.
Jugé par certains trop vieux, trop centriste, Joe Biden avait encaissé trois premiers échecs cuisants, avant de remporter une large majorité en Caroline du Sud grâce aux suffrages des électeurs afro-américains, pierre angulaire pour tout démocrate briguant la Maison Blanche.
Fort de cette victoire, le candidat avait rallié rapidement les soutiens des autres modérés, puis battu son grand rival Bernie Sanders.
Joe Biden avait réussi à vite rassembler l'aile gauche du parti, animée par un même objectif: battre Donald Trump.
Reste à voir si le "rassembleur" modéré parviendra à tenir ses troupes une fois installé à la Maison Blanche.
Même si Joe Biden se présente, selon les mots de Barack Obama, avec le "programme le plus progressiste" de l'histoire des présidentielles américaines, certains à gauche le trouvent encore trop tiède. Et grincent quand il parle de reprendre le dialogue avec les républicains.
- "Pas rancunier" -
La troisième tentative fut donc la bonne pour cette figure de l'establishment, après l'échec aux primaires démocrates de 1988 et 2008.
Sénateur pendant plus de 35 ans (1973-2009) puis vice-président de 2009 à 2017, le septuagénaire a arpenté pendant des décennies les couloirs du pouvoir à Washington.
Une longue vie politique jalonnée d'épisodes controversés, mais aussi de réussites qu'il brandit aujourd'hui.
Dans les années 1970, en pleine déségrégation, il s'oppose à la politique dite du "busing", visant à transporter en car des enfants noirs dans des écoles à majorité blanche pour favoriser la mixité.
Cette position satisfait alors des électeurs blancs du Delaware mais reviendra le hanter des décennies plus tard, lorsque la sénatrice noire Kamala Harris, alors sa rivale pour la primaire démocrate, la lui reproche en plein débat télévisé.
D'autres épisodes sont revenus plomber sa campagne pour la Maison Blanche: son vote pour la guerre en Irak de 2003 ou son soutien appuyé à une "loi sur la criminalité" de 1994, jugée responsable de l'explosion du nombre de détenus, dont une grande proportion d'Afro-Américains.
"Une erreur", reconnaît aujourd'hui Joe Biden, qui insiste lui sur un autre pan de cette vaste réforme: une loi contre les violences faites aux femmes, dont il se dit "le plus fier".
- Le "fils de" Scranton -
Joe Biden souligne fièrement ses origines modestes.
Joseph Robinette Biden Jr. est né le 20 novembre 1942 à Scranton, en Pennsylvanie.
Dans les années 1950, la ville, minière et industrielle, traverse une passe difficile. Son père cherche du travail dans l'Etat voisin du Delaware puis, après des allers-retours, installe toute la famille à Wilmington. Joe Biden a dix ans. Il en fera son fief.
"Mon père disait toujours: Champion, on prend la mesure d'un homme non pas selon le nombre de fois qu'il est mis à terre, mais d'après le temps qu'il met à se relever", rappelle-t-il sans relâche.
Petit garçon, il souffre des moqueries des autres pour son bégaiement. Mais dit avoir appris seul, face au miroir, à surmonter son handicap. Avec l'aide de sa mère qui lui répète alors: "Joey, ne laisse pas ça te définir (...). Tu peux y arriver".
- "Fier de moi?" -
Enseignante dynamique, son épouse Jill Biden, 69 ans, est l'un de ses meilleurs atouts de campagne. Elle a fait campagne pour lui aux quatre coins du pays. Le couple s'est marié en 1977 et a une fille, Ashley.
Encore petits, ses deux fils survivants, Beau et Hunter, lui avaient eux-mêmes suggéré d'épouser Jill, a raconté Joe Biden dans des mémoires, où il affirmait: "Elle m'a redonné la vie".
"Cela ne disparaît jamais": très proche de sa famille, il évoque souvent la douleur qui l'habite encore depuis le décès en 2015 de son aîné, Beau Biden, d'un cancer du cerveau. Une perte qui l'avait retenu de se lancer dans la présidentielle de 2016.
Catholique fier de ses origines irlandaises, Joe Biden se rend tous les dimanches, ou presque, à la petite église St. Joseph on the Brandywine dans son quartier cossu de Wilmington.
C'est là, dans le cimetière, que reposent ses parents, sa première épouse Neilia et sa fillette Naomi ainsi que, plus loin sous une pierre tombale décorée de petits drapeaux américains, Beau.
En janvier, Joe Biden avait confié à propos de son fils: "Tous les matins je me lève et (...) me demande: Est-il fier de moi ?".
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Le président américain élu Joe Biden et sa fille Ashley à Wilmington le 8 novembre 2020 © AFP Angela Weiss