Le Covid-19 a vidé les chemins de Saint-Jacques de Compostelle
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Les ruelles typiques n’ont jamais été aussi calmes et peu fréquentées. A Saint-Jean-Pied-de Port, aux confins du Pays basque, la crise sanitaire a fait fuir les visiteurs habituels : les pèlerins des chemins de Saint Jacques de Compostelle.
Laurent Inchauspé, maire de Saint-Jean-Pied-de-Port :
« Cette année, on parle exclusivement français et basque à Saint-Jean-Pied-de-Port, et pas coréen, pas brésilien…on a des américains aussi… en fait nos pèlerins une grande majorité ne sont ni Français, ni Espagnols, qui représentent environ 20%, donc vous avez en fait 50 à 60 % des pèlerins qui viennent du monde entier ».
Depuis cette commune, point de rencontre des trois voies françaises, s’élancent chaque année plus de 60.000 randonneurs : ils traversent les Pyrénées pour l’Espagne via le col de Roncevaux puis rallient Saint-Jacques-de-Compostelle à 770 km de là. Depuis la mi-mars la frontière est fermée, alors les pèlerins ont déserté les chemins, au grand dam de Pierre, qui tient une boutique entièrement dédiée aux randonneurs dans la rue principale.
Pierre Bouresmau, patron de la boutique du pèlerin :
"Moi à mon niveau, par rapport au chiffre où je devrais être, hier soir je suis environ à moins 270.000 euros. Je pense que je vais perdre 85% du chiffre dans la saison ».
Travailleur indépendant, il ne pourra pas se verser de salaire cette année. Non loin de là, la situation est aussi dramatique pour Maialen qui transporte habituellement bagages et matériel sur les différentes étapes du chemin.
Maialen Laby, gérante de la société Express Bourricot, spécialisée dans le transport de bagages et de personnes :
« Pour l’instant, j’en suis à 90.000 euros de pertes, voilà, comme tout le monde, et ce qui est perdu est perdu, ça ne sera jamais rattrapé. Moi d’habitude j’emploie 5 personnes, je pense que ça c’est terminé. L’année prochaine j’emploierai peut-être deux employés… »
Dans ce village de 1600 habitants, les gites jacquaires proposent chaque nuit plus de 400 lits aux marcheurs. La plupart ont gardé porte close. A l’entrée du bourg, Lydie ne veut pas se résigner. A la tête de ce gîte d’une quinzaine de lits, elle tient à rester ouverte pour accueillir les très rares visiteurs, comme ces deux cyclistes canadiens bloqués en France depuis 3 mois. Mais elle sait que la saison est fichue car traditionnellement le mois de mai est le plus fréquenté.
Lydie Lairaud, gérante du gîte Compostella :
« Quand je vois sur le téléphone annulation, annulation, annulation, y’a un moment je laissais mon agenda de côté et je ne gommais même plus les annulations, parce que ça me démoralisait. Moi pendant une semaine, je pleurais tous les jours, c’était le monde qui s’écroulait, je me disais comment on va faire ! » .
Gel hydro-alcoolique, désinfection des sanitaires et des chambres, réorganisation des lits: tout est prêt chez elle pour l’été, si jamais les touristes reviennent. La frontière avec l’Espagne rouvre le 21 juin mais les professionnels du tourisme côté français restent très inquiets. Les conditions sanitaires imposées en Navarre sont telles que la très grande majorité des gites espagnols ne peuvent ouvrir. De quoi finir de décourager les pèlerins de tenter l’aventure cette année.
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