Mal-logement: ex-détenus, enfants placés et malades psychiatriques, les "abandonnés" de l'Etat
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Mal-logement: ex-détenus, enfants placés et malades psychiatriques, les "abandonnés" de l'Etat.
Paris (AFP) - Ils sortent de prison, d'hôpital psychiatrique ou de famille d'accueil et se retrouvent, du jour au lendemain, à la rue. La fondation Abbé Pierre alerte dans son rapport annuel sur la situation de ces "abandonnés" de l'Etat, qui représentent près d'un tiers des SDF.
"Des milliers de personnes chaque année subissent des fins de prise en chargeprise en charge par des institutions sans solution de logement à leur sortie", souligne le document publié vendredi. "Cet abandon institutionnel est une cause majeure de perte de domicile".
Près d'un SDF sur cinq (19%) dit avoir perdu son logement suite à une hospitalisation ou une incarcération. Et plus d'une personne sans domicile sur quatre (26%) née en France est un ancien enfant passé par l'Aide sociale à l'enfance (ASE) -soit plus de 10.000 personnes-, alors que ce public ne représente que 2 à 3 % de la population générale.
"Ces "sorties sèches" constituent une source de ruptures résidentielles d'une grande violence pour des personnes particulièrement vulnérables", s'alarme la fondation Abbé Pierre (FAP).
Et le phénomène peut toucher plusieurs dizaines de milliers de personnes puisque chaque année en France, 170.000 jeunes sont placés, 68.000 personnes sortent de prison et 420.000 patients sont hospitalisés en psychiatrie.
Le mal-logement frappe aujourd'hui quatre millions de personnes dans l'Hexagone. Douze millions de personnes éprouvent des difficultés pour se loger, qu'il s'agisse de précaires énergétiques, de ménages subissant un prix du logement trop élevé ou menacés d'expulsion.
- "Expulsion programmée" -
Sans ressources et la plupart du temps sans soutien familial, les jeunes sortis de l'ASE et exclus des programmes sous-utilisés d'accompagnement des jeunes majeurs, se retrouvent dans la spirale des dispositifs d'hébergement d'urgence (115), saturés, et dans lesquels ils ne sont pas prioritaires.
Un jeune sur cinq (21%) qui a connu la rue après l'ASE, s'y est retrouvé moins d'un an après sa sortie. Et 39 % connaissent cette situation dix ans plus tard.
Ce phénomène est souvent vécu comme une "expulsion programmée" par des jeunes, qui n'ont pas d'autre choix que de devenir autonome dès 18 ans, alors que l'âge d’accès à l'autonomie des jeunes en France se situe aux alentours de 23 ans en moyenne.
Pour les personnes sortant de détention, des enquêtes de l'administration pénitentiaire réalisées entre 2015 et 2017 ont révélé que 23 % d'entre elles n'avaient pas de solutions d'hébergement ou disposaient d'un logement précaire. "Alors que le logement est l'un des vecteurs déterminants de la réinsertion sociale et de la prévention de la récidive", souligne la FAP.
Répétées ou prolongées, les hospitalisations sont quant à elles souvent suivies d'une remise à la rue, sans transition ni relais avec l'extra-hospitalier ou le médico-social. Une enquête nationale des maraudes des Samu sociaux de 2009 avait révélé que deux personnes sans-abris sur cinq interrogées souffrent de troubles psychiatriques.
- "Marquage" -
"L'accès au logement cristallise l'incapacité fréquente des institutions à anticiper les sorties", analyse la FAP, les professionnels de ces trois services publics "en crise", dénonçant le manque de moyens pour assurer un suivi social des personnes.
A titre d'exemple, alors qu'un conseiller pénitentiaire d'insertion et probation (CPIP) devrait suivre au maximum 50 personnes sous main de justice, selon le Conseil de l'Europe, la majorité prend en charge entre 100 et 120 dossiers.
Les professionnels de ces institutions doivent toutefois être formés aux démarches et aux dispositifs d'accès à l'hébergement et au logement, réclame la FAP. "A minima, la constitution d'une demande de logement social devrait être systématisée sans attendre la sortie d'institution", estime-t-elle.
Selon les travailleurs sociaux, le passage par une institution est par ailleurs un "marquage qui fait que les bailleurs sociaux ou privés refusent" de loger les personnes qui en sortent.
Pour la fondation Abbé Pierre, une des solutions serait "le maintien du logement pendant le séjour en institution lorsque cela est possible", notamment pendant les courts séjours en hôpital ou en prison.
"Au regard des coûts importants que représente la prise en charge des personnes dans ces trois institutions, ne pas préparer convenablement et dignement leur sortie représente un immense gâchis humain et même en termes de finances publiques", résume la fondation Abbé Pierre.
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Une tente et quelques affaires d'une personne sans abri près d'un arrêt d'autobus, le 29 décembre 2017 à Paris © AFP/Archives STEPHANE DE SAKUTIN