Près de Paris, la communauté asiatique régulièrement cible d'agressions violentes
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Voici une rue que Madame Hu ne parcourt plus jamais seule le soir depuis le 16 avril dernier.
Madame Hu, victime d’un vol violent:
"Je ne suis pas restée longtemps chez mon amie, une demie-heure à peine, parce qu’il allait être 22 heures, la nuit était tombée et je sais qu’il vaut mieux de pas trop trainer dans les rues par ici le soir. En sortant de l’immeuble, même pas cinq minutes après, je me suis faite agresser par deux individus qui étaient sur une moto, tout feux éteints, et qui ont débarqué derrière moi. Ils ont attrapé mon sac et avec la violence de l’agression, je suis tombée sur le trottoir. Ils m’ont volé mon sac à main avec toutes mes affaires personnelles ».
Depuis plusieurs années, ce genre d'agressions se multiplient. 114 recensées l’an dernier par la Préfecture de Police de Paris… toujours dans les mêmes quartiers, aux abords des lieux de vie et de travail de la communauté asiatique. Et notamment, le long de cette ligne de bus qui traverse Ivry et Vitry-sur-Seine, en banlieue parisienne.
En juillet 2017, Madame Wuang se rend à son cours de danse. Agressée très violemment, elle décède trois semaines plus tard d’un AVC. Une attaque ciblée, selon son fils Robert, parce qu’elle était d’origine chinoise.
Robert Na Champassak, fils d’une victime:
« Pourquoi on agresse les Asiatiques? C’est un cliché qui est véhiculé, on dit que les Asiatiques ne portent pas plainte, qu’ils ne savent pas parler français donc qu’ils ne vont pas porter plainte, ils ont de l’argent liquide sur eux mais on se rend compte que la plupart des agressions, les butins sont dérisoires, ma mère avait 30 euros sur elle. »
Alors, pour endiguer le phénomène, Robert et d’autres se mobilisent au sein du comité « Sécurité pour Tous ». Ensemble, ils tentent de convaincre les victimes de se porter partie civile en cas de procès. Mais après avoir déposé plainte, certaines n’ont pas le courage de se confronter à leurs agresseurs.
Robert Na Champassak, fils d’une victime:
« C’est dur mais on y arrive parce qu’on trouve les mots, là, par exemple, ce soir on a partagé "Comment tu as fait? Tu l’as abordé comment? Par un texto avant ou après?" Chacun apporte ses techniques et on a réussi à contacter toutes les personnes et il y en a qui nous suivent. »
Laëtitia Chhiv, présidente de l’association des jeunes Chinois de France:
«On est là pour leur expliquer que, comme on dit simplement, l’union fait la force et que plus il y aura de victimes qui se porteront parties civiles, plus le procès aura des chances d’être équitable et de changer les choses à terme. »
Pour empêcher les vols, le collectif réclame l’installation de vidéo-surveillance dans les zones à risques, comme sur le trajet de la ligne de bus où se concentrent les agressions.
Laëtitia Chhiv, présidente de l’association des jeunes Chinois de France:
«A Ivry et à Vitry, il n’y a pas de vidéo-surveillance, il n’y a pas de caméras installées aux carrefours, dans les petites ruelles etc, donc c’est sûr que ça a un impact certain sur le nombre d’agressions, quand les agresseurs savent qu’ils n’ont pas de chance d’être repérés, forcément, ils vont s’en donner à coeur joie. »
Mais pour les membres de « Sécurité pour tous », la réponse sécuritaire n’est pas suffisante, il faut aussi éduquer. Depuis peu, les associations se mobilisent contre les clichés à l’origine des violences.
Hadrien Lenoir, responsable du pôle Education populaire SOS Racisme:
«Des gens vont se dire que les Asiatiques sont des cibles peut-être plus faciles à racketter ou à agresser, qu’il y aura moins de conséquences, etc, et on est en train de travailler sur une formule qui vise très spécifiquement à déconstruire les stéréotypes et les préjugés envers les personnes asiatiques. »
Des campagnes de sensibilisation devraient être lancées en 2020 dans des établissements scolaires d’Ile-de-France. De son côté, Robert poursuit son combat avec l’espoir qu’un jour les agresseurs de sa mère seront arrêtés et jugés.
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