Recyclage: la seconde vie mouvementée des vêtements usagés
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Recyclage: la seconde vie mouvementée des vêtements usagés.
Rangés dans des cartons ou ficelés en tas de plusieurs centaines de kilos, les vêtements de seconde main s'empilent jusqu'au plafond dans le hangar de la coopérative Relais, situé près de Soissons (Hauts-de-France). Ici, les 140 employés trient 30 tonnes de textile par jour, soit 7.000 par an.
Les pièces en meilleur état, environ 10% du total, vont être revendues à prix modeste en France.
Car le Relais a d'abord pour objectif de créer de l'emploi et d'oeuvrer en faveur de l'insertion de personnes en difficulté.
Créée en 1984, cette coopérative emploie 2.200 personnes dans l'Hexagone et compte une vingtaine de centres de tri. Avec près de 150.000 tonnes de textile collectées par an, essentiellement auprès des particuliers, elle est l'un des principaux acteurs du secteur.
- Exportations -
A l'heure où la France s'interroge sur la gestion de ses déchets, plusieurs chantiers restent à mener en ce qui concerne le textile.
On estime qu'environ un tiers du textile mis sur le marché français est collecté. Près de 240.000 tonnes ont été récupérées en 2018, selon l'éco-organisme Eco-TLC.
Les vêtements dans un état correct sont compressés en lots imposants avant d'être exportés en Europe de l'Est (10%) ou en Afrique (40%). Destination: le Burkina Faso, Madagascar ou le Sénégal, où le Relais possède des antennes locales, qui emploient un millier de personnes.
Les habits tachés ou troués sont exclus. Leur destin: devenir des chiffons et faire briller des machines industrielles.
Au Sénégal, la friperie, c'est chic et pas cher
Sur le marché de Colobane, place tentaculaire au coeur de Dakar, les marchands de fripe négocient depuis l'aube au milieu de centaines de petites échoppes de "feugue-diaye", terme qui désigne en wolof les vêtements de seconde main importés par milliers de tonnes chaque année au Sénégal.
Les Etats-Unis sont en tête du classement mondial des exportateurs de fripes, avec plus de 756.000 tonnes en 2018. La France, en neuvième position, a exporté l'an passé 69.000 tonnes de vêtements usagés vers l'Afrique, son premier marché.
"Si tu veux des vêtements de marque pas chers, c'est ici qu'il faut venir", lance Mamadou Sarr, un grossiste de 23 ans qui dès cinq heures du matin défait sur son étal en boisen bois des balles de vêtements recyclés. "Tout ça vient d'Angleterre", sourit-il en désignant une pile de jeans délavés.
Pour obtenir ces pantalons, vendus par petite balle de 45 kg, l'ancien vendeur ambulant a déboursé entre 50.000 et 70.000 francs CFA (entre 76 et 106 euros).
Les détaillants qui s'affairent parmi les quelque 300 tables des grossistes, invisibles de la rue, cherchent la perle rare, comme les maillots de football, très prisés par la jeunesse africaine.
"Le vendeur qui m'achète un T-shirt à 300 francs CFA (0,45 euro), il peut le revendre à 500, 700, 800 dans sa boutique", à l'autre bout du marché, déclare le jeune Sénégalais.
Après avoir payé les intermédiaires, les frais de douane et de transport, Mamadou et son grand frère peuvent gagner jusqu'à 450.000 francs CFA (environ 675 euros) "pour les meilleurs mois", soit plus de huit fois le salaire minimum sénégalais.
- "Travail risqué" -
Depuis les années 1980, "les tarifs douaniers ont été considérablement abaissés et les restrictions quantitatives supprimées, ce qui a ouvert la porte à des importations massives de friperie", souligne l'économiste Ahmadou Aly Mbaye, professeur à l'Université Cheikh Anta Diop (Ucad) de Dakar.
Dans le même temps, les entreprises du secteur textile et de l'habillement "ont disparues du Sénégal et des autres pays de la sous-région", dit-il, en soulignant que s'il fallait relancer un secteur "dynamique" de la confection, "les importations massives de friperie seraient un obstacle total".
Surtout présents dans le secteur informel, les métiers du vêtement recyclé n'offrent pas que des avantages, relève encore l'économiste, en citant un "niveau de précarité élevé", des revenus "plus réduits que dans le secteur formel" et de plus grands risques d'accidents du travail.
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