De l’art de l’euphémisme et de l’étymologie
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De l’art de l’euphémisme et de l’étymologie.
Inconfort linguistique ou amour de la langue, les raisons pour lesquelles nous utilisons des euphémismes sont nombreuses et variées, mais aussi parfois inattendues, puisqu’il nous arrive d’en user… à notre insu. Nos amis anglophones et germanophones, par exemple, utilisent les mots « bear » et « Bär » pour « ours », et cette différence de vocabulaire ne tiens pas à l’habituelle différence d’étymologie entre le grec et le latin (bien que « ours » vienne effectivement du latin « ursus »), mais à une superstition.
Nos ancêtres nord-européens avaient en effet pris pour habitude de ne pas appeler l’ours par le terme qui le désignait, de peur que celui-ci ne les entendent et ne s’en prennent à eux. Probablement pour s’éviter le désagrément de conversations à base de « tu-sais-quoi » et de « le-gros-animal-à-fourrure », ils ont eu recours à l’euphémisme et ont adopté le mot « bruin », qui signifie tout simplement « brun », en référence à la couleur de ladite fourrure. Cet euphémisme a finalement remplacé le terme originel qui, lui, s’est perdu.
En français, c’est le mot « cimetière » qui a remplacé « aître » (du latin « atrium » ou cour intérieure) et « charnier », beaucoup plus cru que son substitut grec « koimêtêrion », qui désigne un dortoir ou un lieu pour dormir. Aussi rassurant cela soit-il d’utiliser des euphémismes afin de s’épargner certaines brutalités linguistiques, certains le considèrent comme un danger permettant d’échapper à certaines réalités. A priori en accord avec cela, l’écrivain américain Frank Herbert écrivait dans La mort blanche que « Toutes les monstruosités ont leurs euphémismes ». Et les ours aussi.
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